Ce bref article s’intéresse à un cas très particulier de jardin de ferme, celui des villas Palladiennes. Et, si ces villas ressemblent davantage à des palais qu’à des fermes, ce n’est qu’une apparence, un habillage architectural qui recouvre bel et bien un ensemble rural bâti et jardiné.

Il est intéressant de noter que ces villas apparaissent en plein mouvement de retour aux sources classiques de l’Antiquité, et qu’elles s’appuient – encore une fois – sur les archétypales Villas Romaines abordées au début de nos repères historiques.

Nous nous concentrons ici sur une villa précise : celle de Maser (dans l’arrière pays vénitien) commanditée par la riche famille Barbaro et construite dans les années 1560 par Andrea Palladio. 

                               Pour ce faire, nous nous appuyons en grande partie sur l’excellent film documentaire de Stan Neumann diffusé dans la collection « Architecture » sur Arte.

 

Nous laissons de côté (hors sujet pour nous) la partie centrale du bâti, décorée par Veronèse, et affichant toute la richesse des Barbaro et le génie des artistes de la Renaissance italienne, pour nous concentrer sur les aspects ruraux.

A cette époque, Venise est en pleine crise économique, et de nombreux riches marchands quittent leurs palais de ville pour s’installer à la campagne et mettre ou remettre en valeur leurs terres. Ils se font construire des « villas » dont le principal architecte est Palladio. Contrairement aux apparences, ces constructions ne sont pas si coûteuses. En effet, les colonnes et frontons ne sont que des « habillages » en stuc sur maçonnerie en brique (donc beaucoup moins chers que le marbre ou la pierre). Ceci explique en partie le succès de Palladio en son temps et, plus tard des diverses copies fidèles aux mêmes principes de construction.

L’aspect qui nous intéresse dans la Villa Barbaro tient dans une proposition précise de l’architecte : « réunir les parties nobles aux parties utilitaires du bâtiment ». Ainsi, les deux grands pignons symétriques sont en fait de simples façades qui cachent des pigeonniers. Les deux ailes (qui prolongent ces pignons) sont des granges, des écuries et un pressoir – le tout à usage agricole réel.

Un autre aspect caché (et au cœur de notre sujet) est celui de l’eau. A partir d’une source, située derrière la maison, tout un système de circulation et d’irrigation a été pensé et mis en œuvre par l’architecte. Voici ce qu’il en dit dans ses « Quatre livres d’architecture » 1570  (Livre II chapitre XIV) :

« cette fontaine forme un petit lac qui sert de vivier ; puis, en quittant cet endroit, l’eau coule jusqu’à la cuisine, ensuite, après avoir irrigué les jardins à droite et à gauche de la route qui monte doucement jusqu’à la maison, elle forme deux viviers avec leurs abreuvoirs sur le chemin public ; de là, elle sort pour arroser le verger qui est très grand et plein de fruits superbes et de diverses plantes… »

Nous voyons à quel point, ici encore, le beau et l’utile sont mêlés : de la fontaine richement décorée dans la cour arrière de la villa jusqu’aux viviers et à l’irrigation des vergers.

Pour conclure, remarquons que ces villas s’intègrent doublement à notre étude dans la mesure où elles serviront de modèle deux siècles plus tard au mouvement « néo-palladien » notamment dans les grandes propriétés anglaises à la campagne (par exemple Stourhead, Woburn…). Ces grandes fermes anglaises seront présentées dans la suite de nos repères historiques.

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