Jardiner le paysage

               De nombreux architectes, jardiniers, philosophes, peintres, historiens… se sont intéressés aux liens qui existent entre le paysage, la ferme et le jardin. Notamment au 18ème siècle quand, entre autres auteurs, Jean-Marie Morel (« Théorie des jardins » 1776) attribue des « caractères aux différents types de jardins : « variété pour le pays, noblesse pour le parc, élégance pour le jardin, simplicité pour la ferme… ». Un peu plus tard le Comte de Choulot (« L’art des jardins » 1863) définit plus précisément ses parcs agricoles qui doivent être simples sans ornements superflus et considérés comme une partie (le parc en soi) du tout (le paysage environnant). A la même époque William Robinson propose (« The wild garden » 1870) de privilégier les plantes vivaces et rustiques intégrées aux paysages vernaculaires anglais… Et enfin, dans les années 1990-2000, Gilles Clement repousse les limites du jardin à celle de la planète terre (« Le jardin planétaire » exposition à Paris LaVillette 1999-2000)

   Ces éléments bien mis en évidence par tous ces auteurs, sont autant de motifs de notre étude – qu’ils soient sur les bordures du tissage ou en plein milieu du champ tissé – mais qui ne sont pas clairement mis en couleur comme sujet principal. Les différents modèles historiques présentés ici très succinctement sont développés dans les repères historiques correspondants (suite de cette étude).

               Les impératifs de l’état d’esprit « joindre l’utile à l’agréable » induisent des règles contraignantes sur des points précis et importants du paysage jardiné :

– les chemins doivent avoir des largeurs et des courbes permettant la circulation de véhicules adaptés aux tâches agricoles (attelages pour les foins, le transport des fruits…),

– les clôtures doivent être adaptées à la taille et à la force des animaux domestiques concernés (de la basse-cour aux chevaux de trait…) idem pour les dimensions des parcelles (pâtures, vergers, vignes…),

– les haies – pendant longtemps et en de nombreux pays – confondues en partie avec les clôtures (haies plessées, haies épineuses…),

– les haies dans leurs usages pour le bois de chauffage (et – ou – de cuisine, fagots …), pour les petits fruits (nèfles, cormes…),

– les étangs avec digue et système de vidage pour la pêche,

– les bâtiments à usage agricole (accessibilité, dimensions adaptées…).

               Ainsi, toute l’organisation de l’espace et une partie de l’esthétique générale se trouvent contraintes par des règles d’usage. Les règles de l’art (perspectives, couleurs…) doivent trouver leur applications à partir de ces contraintes. Le mélange harmonieux utilitaire/artistique constitue bien le principe fondamental de l’art des jardins de ferme.

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